En 10 ans qu'est devenu pour moi Internet ?

J'aime à me rappeler les balbutiements du Net. L'époque des "Mygale", des "Altern" (merci Valentin), bref des hébergeurs gratuits et surtout sans pub sans qui les néophytes passionnés que nous étions n'auraient pas pu progresser. Des nuits entières passées connectés à surfer d'un site à l'autre au gré des liens hypertextes et des aléas du rtc en 14.4 puis en 33.6. Des heures de conversations endiablées entre fous du même monde qui n'avaient qu'un but : la soif de découverte et son partage. Fous prêts à arriver le lendemain au boulot avec des têtes de morts vivants shootés au café mais contents d'avoir pu profiter des quelques heures de connexion les moins chères. Obligés d'aller bosser non pour manger mais pour payer les factures de FT[2] qui s'est largement engraissé de notre folie.

Bref une époque que les moins de 20 ans ne connaissent pas...[3]

L'affaire Gandi m'a fait réaliser combien le Net ne ressemble plus à ce que j'ai connu. Ce fut insidieux au départ : quelques pubs par ci par là, des hébergeurs qui devaient fermer (pour x et y raisons, mais souvent pour une histoire de fric), des rapports ministériels (intéressants soit dit en passant) mais qui pressentaient le pire pour l'establishment : Internet n'est pas contrôlable.

Quand bien même, tout problème trouve sa solution. Et les marchands de bonheur du Web l'ont bien compris. La recette est simple, en plus elle a fait ses preuves : satisfaire les boulimiques du "tout, tout de suite". Et ça rapporte !

On est loin de l'idée de partage... Et la phrase de David Clark prononcée pour l'IETF[4] résonne comme un slogan d'un temps qui n'est plus... Et on est déjà demain, rfidisés jusqu'à la moelle, scannés jusque dans nos pensées. Suffisamment lobotomisés pour croire que fustiger des LLM et consorts nous donne un semblant de conscience sur ce qu'est et devrait être le monde (mais c'est pas grave ça fait du hit). Fabulation d'un esprit qui se croit libre alors qu'il est emmené telle une marionnette désarticulée vers sa perte.


- Alors c'est comme ça que tu vois le Net d'aujourd'hui et de demain ?

- Je dois reconnaître que le Net me déçoit, ça pue le fric et les faire-valoir. J'aimais l'idée que le Net devienne vraiment un lieu d'échanges et de partages mais c'était sans compter sur notre société de consommation. C'est aussi le prix à payer pour l'ouverture au plus grand nombre. Mais pour conclure sur une note positive je dirai que pour moi l'espoir réside en partie dans l'Open Source. La question est de savoir combien de temps il tiendra sans être grignoté par le fric. Rendez-vous dans 10 ans ?


Notes

[1] 15 ans pour le Web - Hommage à Tim Bernes-Lee et à son équipe du CERN

[2] Ce qui n'a pas empêché France Telecom d'avoir des déficits records par la suite

[3] Vous vous rappelez les copaings comme c'était bien l'époque des offrandes de raviolis au Dieu Clavier ? (désolée pour la private joke mais c'est comme ça les souvenirs, ça arrive sans crier gare)

[4] “Nous rejetons les rois, les présidents et le vote. Nous croyons dans le consensus et les règles évolutives”.